26/07/2009

Ce Tour a failli être très beau

Pourquoi la mayonnaise n'a-t-elle pas pris ? Le Tour de France 2009, qui récolte une moue dubitative chez la majorité des observateurs, réunissait tous les ingrédients de la réussite. On l'a déjà en bonne partie oublié mais, en trois semaines, on a quand même eu droit à :
-Un coup de bordure (à la Grande Motte, dès le 3e jour) : la première semaine du Tour a été moins soporifique qu'à l'époque des tracés de Jean-Marie Leblanc.
-Une bourde du Team Columbia qui roule sur son coureur Hincapie échappé et contribue à le priver de maillot jaune, pour cinq secondes.
-Une bagarre acharnée pour le maillot vert (Cavendish est déclassé à Besançon pour sprint irrégulier, Hushovd s'échappe dans les Alpes pour prendre des points).
-Une bagarre acharnée pour le maillot à pois (y-compris dans les Vosges).
-Un boulevard pour les baroudeurs (7 victoires d'étapes en plaine ou en montagne, contre 6 l'an passé).
-De belles histoires familiales (les Feillu en larmes au sommet d'Arcalis, les Schleck qui courent de concert au risque de se brider parfois).
-Des belles histoires de trahisons (les Astana ressemblent aux Borgia avec leurs empoisonnements et autres crimes en famille).
-Des querelles au sein du peloton (l'oreillette a brouillé l'écoute...)
-La confirmation d'un sprinter extraordinaire, Mark Cavendish, six succès et une image qui résume tout : il relègue ses adversaires à plusieurs longueurs sur les Champs-Elysées.
-Un come back de paysages superbes, oubliés dans l'histoire récente du Tour : la Côte d'Azur, Barcelone, le Lac d'Annecy.
-Un come back spectaculaire et plutôt inédit dans le monde du cyclisme : le vieil Armstrong  parvient à monter sur le podium.
-Un come back du public : audiences télé en nette hausse, tirages augmenté de plusieurs journaux, très forte affluence sur le bord des routes (exceptionnelle à Verbier, à Barcelone et au Ventoux), croissance dans la vente des objets dérivés...


En d'autres temps, 20% de ce qui s'est passé sur ce Tour aurait émoustillé les suiveurs et conquis sincèrement les téléspectateurs. Chacun de ces tableaux aurait donné lieu à un mini feuilleton. Au lieu de quoi les petites histoires de ce Tour, les sous-batailles, les fils complexes qui tissent la grande fable ont été brûlés par la figure incandescente d'Armstrong et le film à rebondissement de son équipe.
En soi, chaque point fort de ce Tour possède son revers de médaille. La maestria de Cavendish dans les 200 derniers mètres a tué tout suspens et le train du Team Columbia a interdit à d'éventuels finisseurs de tenter leur chance à la flamme rouge. La supériorité de Contador en montagne, évidente dès son accélération dans le final d'Arcalis, a laissé peu de suspens sur l'issue finale du Tour, et ce à peine au bout d'une semaine de course.

Qu'a-t-il manqué à cette édition pour entrer durablement dans la légende, au-delà de la propagande sur la magie du Mont-Ventoux la veille de l'arrivée et du retour d'Armstrong ?
-Un parcours plus équilibré et moins tourné vers une 3e semaine qui, de fait, ne pouvait que décevoir. En particulier, on aurait dû assister à des étapes pyrénéennes dignes de ce nom, pour que les favoris puissent se livrer à leurs premières passes d'armes.
-D'avantage de révélations : parmi les leaders et les lauréats d'étapes, que du classique ! Le grand public n'a guère découvert que Bradley Wiggins (Garmin), Brice Feillu (Agritubel), et Christophe Le Mével (Française des jeux).
-Une mise au point sur l'équipe Astana. Fallait pas l' inviter ! Le Tour sans Contador et Armstrong aurait-il favorisé une autre domination, celle d'Andy Schleck ? Ou bien aurait-il encouragé une lutte débridée entre favoris de niveau plus proche les uns des autres ? Difficile de concevoir une exclusion d'Astana au départ de Monaco. Encore que la présence dans l'équipe de Klöden, cité dans des affaires de dopage en Allemagne depuis 2006, eût justifié une vive réaction d'ASO selon la politique en vigueur il y a encore un ou deux ans...
-Un vrai cas de dopage. Non seulement le Tour aurait gagné en crédit (pour la première fois en 11 ans, aucun participant n'est inquiété pendant l'épreuve) mais en plus un drame parallèle se serait joué. C'est cynique, difficile à admettre, mais les affaires ont constitué ces dernières années un pôle d'attraction à part entière, presque à égalité avec le chapitre sportif. Elles avaient leur rythme médiatique propre : procédure et enquête, réactions dans le peloton, avis de spécialistes... Considérant qu'en juillet tout est spectacle, le dopage faisait partie intégrante du Tour de France.

L'édition 2009 restera inachevée. Pour tout le monde.  Pas sûr que Christian Prudhomme rêvait d'un succès de Garate (Rabobank) et d'une neutralisation des favoris quand il imagina l'ascension du Ventoux en point d'orgue de sa course. On pourra se refaire le film à loisir. Pour essayer de comprendre ce qui cloche. Le tracé 2009 avec le plateau 2008 ? Pourquoi pas... Mais notre frustration à tous est peut-être celle de consommateurs. Car l'événement a basculé dans une réalité affairiste. Lance Armstrong, accusé de mercantilisme par les journalistes Walsh et Ballester, n'est pas seul à avoir transformé le Tour en produit de supermarché. Ce Tour, on vous l'a vendu. A fond. Vous ne pouviez qu'en attendre beaucoup. Et donc être aujourd'hui déçus.
C'est aussi un peu de notre faute, à nous, médias. Samedi, Laurent Fignon a regretté dans L'Equipe Magazine qu'on ait à ce point "survendu" le Tour. Et rappelé que la course a toujours comporté des temps morts. C'est un roman bon pour la plage, épais et réconfortant,  ronronnant, un peu anachronique à notre époque où le zapping est roi. Sitôt achevé, nous avons déjà oublié le meilleur de ce Tour.


Pierre Carrey

25/07/2009

Le Ventoux annulé : un scenario bâti sur du vent

Cet après-midi, Mark Cavendish remporte son 6e succès depuis Monaco, sur l'étape dite du Ventoux. Parce que, justement, il n'y a pas eu de Ventoux. A cause d'une tempête au sommet. Jugée sur le plat, l'étape de samedi s'est donc réglée au sprint. Fränk Schleck a manqué une chance de grimper sur le podium. Il reste 6e, à 38 secondes de Lance Armstrong. Lequel finit donc médaille de bronze de ce Tour. C'est un bide énorme pour les organisateurs. L'ascension du Mont-Ventoux, à la veille de l'arrivée finale, devait constituer le sommet de l'épreuve. Voire justifier le rabotage des Pyrénées, le relatif allégement des Alpes, l'ennui qui a saisi une large partie des suiveurs depuis plusieurs jours... Fureur des télés et des radios, qui avaient déployé leur quartier de campagne au sommet du Mont-Ventoux. Une simple fiction ? Oui puisque le tracé de l'étape reste inchangé. Pourtant, ce matin, au départ de Montélimar, certains coureurs français laissaient entendre que l'étape serait amputée de la montée finale. Des informateurs placés au faîte du "Géant de Provence" leur avaient signalé des pointes à 120km/h. Dans ce cas, les organisateurs ne prendraient pas le risque d'expédier le peloton dans cette tornade. La rumeur de cette annulation n'a pas eu le temps de se répandre. Mais certains coureurs fatigués ont pris pendant quelques heures leurs rêves pour des réalités. Hier, Météo France prévoyait des rafales à 80km/h maximum.  Dans la matinée, l'Agence France presse parlait d'un pic à 110km/h. Le Ventoux est un objet de fascination pour tous les météorologues. Guère de juste milieu : il se complaît dans la fournaise ou le froid glacial. La force de son vent est redoutable. Aussi, début mars, Paris-Nice évite soigneusement sa cime et trace la ligne d'arrivée au Chalet Reynard, après 15 kilomètres d'ascension. ASO connaît les caprices de cette montagne. En 2000, l'Etape du Tour, réservée aux cyclosportifs quelques jours avant le passage des pros, avait subi les assauts du mistral. Seuls les premiers concurrents avaient atteint le sommet. La ligne fut ensuite déplacée en contrebas. Les retardataires, eux, furent arrêtés au pied. Si l'annulation du Ventoux aujourd'hui relève d'une vague fantasmagorie, le scénario d'une étape orpheline sert de miroir. Il offre l'image inversée de la fête, de la belle course que tout le monde attend, de l'explication finale vendue depuis des mois, de l'envie qu'une montagne mythique répare une épreuve esquintée ces dernières années.

Pierre Carrey

24/07/2009

La petite boutique de Contador

Ça ne vaut pas encore le barnum Livestrong de Lance Armstrong mais c'est un bon début. Alberto Contador est en train de développer sa marque. Au départ du contre-la-montre, à Annecy, une voiture ostensiblement garée sur la pelouse au milieu des bus, affichait un "www.albertocontador.com" sur ses flancs. Son site perso, en anglais et en espagnol, comprend un espace pour les fans et un blog que le coureur est supposé tenir au soir de chaque étape. Mais aucune référence claire à Astana ! Le logo de l'équipe n'apparaît ni sur la page de lancement ni sur celle d'accueil.

Contador est une entité propre (si l'on peut dire), une marque, un espace à vendre - il doit d'ailleurs rebâtir une équipe autour de lui. Réputé timide et accessible, l'Espagnol n'en reste pas moins avisé. Sa petite "boutique" est tenue par son frère aîné, "Fran", "relations publiques" chez Astana pendant le Tour. Jacinto Vidarte, l'attaché de presse personnel, ancien responsable de la communication de Manolo Saiz, est l'autre personnage clef du système. Lui non plus ne fait pas de pub pour Astana. Sur ses polos, il porte un "AC". Les initiales, qu'on retrouve sur le site officiel, pourraient très bien préfigurer une nouvelle marque de vêtement.

La griffe Alberto Contador passe aussi par un logo : une main qui imite une arme à feu. Le geste est imprimé en jaune sur sa casquette noire (qu'il coiffe sur le podium à la place d'un couvre-chef Astana...). C'est le "gimmick" du futur vainqueur du Tour. Depuis le Giro 2008, chaque fois qu'il franchit la ligne en vainqueur, Contador dégaine son révolver. Lors de la conférence de presse à Verbier, un journaliste lui a demandé s'il s'agissait d'une symbolique de western. "Non, je fais ça pour mes fans", avait répondu le coureur. Selon lui, inutile de chercher dans le dictionnaire de Freud pour trouver un sens à ce coup de flingue.

Dans une époque récente, sur le Tour, Juan Antonio Flecha décochait une flèche (jeu de mots.. ah ! ah !), Carlos Sastre version 2003 s'enfournait une tétine dans la bouche (clin d'oeil à son bébé), Richard Virenque période 2005 désignait le ciel en pleurant (hommage à sa grand-mère et à son ancien manager décédés)... Contador, lui, tire à vue. Chacun son truc.

Pierre Carrey

23/07/2009

Lafargue : "Pourquoi rechercher du spectacle à tout prix ?"

lafargue1.jpg27 Tours de France au compteur, Francis Lafargue, relations publiques de l'équipe Caisse d'Epargne donne son point de vue sur ce Tour de France. Le Basque, qui vit à Cambo-les-Bains, affirme avoir la passion intacte. Son sens de la formule l'est aussi.

Blog Sud Ouest : Beaucoup d'observateurs ont jugé ce Tour de France ennuyeux. Est-ce aussi votre sentiment ?
Francis Lafargue : Ce Tour n'est pas un grand cru. Il ne restera pas gravé dans les mémoires. La course a été bloquée par la domination d'Astana, qui possède un très gros budget donc de très gros coureurs. J'ai fait partie de ceux qui ont applaudi ce très beau parcours lorsqu'il a été dévoilé. Mais que constate-t-on ? Le contre-la-montre par équipes a figé la situation jusqu'aux premières étapes de montagne. Les Pyrénées ont été escamotées. Je ne m'en plaindrai pas puisque nous avons remporté une superbe étape [Luis Leon Sanchez s'est imposé à Saint-Girons, NDLR]. Mais, le lendemain, j'ai vu un peloton groupé au sommet du col d'Aspin. Ensuite, nous avons eu droit à des étapes de morne plaine.

Le parcours vous a donc déçu ?
Les étapes "de transition", on est un peu obligé de se les coltiner à un moment ou un autre, compte-tenu de la géographie de la France, qui possède deux principaux massifs montagneux espacés. Je reconnais que je me suis ennuyé. Mais n'exagérons rien. Quand les coureurs vont trop vite, on trouve ça suspect. Quand ils ne vont pas assez vite, on a l'impression qu'ils ne font pas la course...

"Avec le débat sur les oreillettes, on n'a pas respecté les coureurs"

Votre nom reste associé à celui de Miguel Indurain dont vous avez été le confident et l'interprète. Etes-vous nostalgique de cette époque ?
Je n'éprouve pas de nostalgie. Mais je suis un inconditionnel de l'histoire du cyclisme. Sans prétendre être un grand maître, j'éprouve le besoin de transmettre cette culture. Je me suis passionné pour l'époque Coppi-Bartali, pour Gimondi... L'Italie est un pays qui pue le cyclisme, c'est extraordinaire ! Mes années préférées sont celles où je n'ai pas suivi le Tour de France. J'allais dans le Tourmalet comme spectateur pour voir passer Merckx et Ocana. Ces champions m'ont fait rêver.

Le Tour actuel vous fait-il rêver ?

Je n'ai plus l'âge de rêver comme à 15 ou 20 ans. Mais ma passion pour ce sport demeure intacte.

On vous imagine assez traditionaliste et par exemple hostile aux oreillettes. Est-ce le cas ?
Non. Je suis pour le dialogue. Que ceux qui veulent les porter soient libres, que ceux qui veulent les enlever le fassent. Sur la forme, il ne fallait pas proposer une expérimentation sur le Tour de France. Les instances dirigeantes ont commis une faute. Le Tour est sacré. Il est au-dessus des organisateurs ou de l'UCI. Sur le fond, les oreillettes sont un acquis. Elles ne font pas avancer les coureurs plus vite. A-t-on précisé qu'elles permettaient de communiquer les délais d'élimination aux coureurs qui se battent dans un gruppetto ? Il a manqué un vrai dialogue. On n'a pas respecté les coureurs. Ni le Tour.


"Indurain serait plus fort que Contador sur un chrono. Mais ce n'est pas certain"

Que voulez-vous dire ?

La proposition d'interdire les oreillettes émane de Daniel Bilalian [directeur des sports de France Télévisions, NDLR]. Il a été mal conseillé. Il n'a jamais suivi une épreuve dans la voiture d'un directeur sportif pour se faire une opinion. Il voulait du spectacle en enlevant les oreillettes ? Il aurait dû faire comme les organisateurs du Tour DuPont, aux Etats-Unis, qui, sur un prologue, avaient placé des caméras au bas d'une descente, avec un virage à 90°... Je ne suis pas d'accord avec ce que fait la télévision. Pourquoi rechercher du spectacle sans cesse et à tout prix ? Hier, le direct a été interrompu par une interview de Nicolas Sarkozy. On n'a montré que les premiers. Quelle que soit la personne qu'on souhaite interviewer, on ne doit pas manquer de respect aux coureurs. Ce sont eux qu'il faut montrer. C'est à eux qu'il faut penser en priorité.

lafargue2.jpgAlberto Contador est-il capable de remporter cinq fois le Tour comme Miguel Indurain ?
Je suis très prudent et je n'aime pas jouer les devins. Aujourd'hui, il y a une génération absente. Dans les cols, on voit soit des anciens (comme Goubert, Moreau, Arrieta), soit des jeunes comme Andy Schleck. Lui, il va forcément grandir... Mais, à l'heure actuelle, il est clair que Contador est le meilleur coureur du monde. En montagne, il danse avec son vélo. Miguel, lui, tirait sa force du contre-la-montre. C'est dans ce domaine qu'il gagnait le Tour. Ca aurait été intéressant de le voir se battre avec Contador sur un chrono. A priori, il aurait été plus fort. Mais ce n'est pas certain.

On parle beaucoup d'un transfert d'Alberto Contador dans votre équipe en 2010. Qu'en est-il ?
Il y a beaucoup de bruits fantaisistes. D'abord, il est sous contrat avec Astana. Ensuite, il a acquis une valeur marchande trop importante, qui va encore s'accroître après sa victoire probable dans le Tour.


"Le transfert de Contador est une rumeur"


Donc, vous n'avez jamais discuté avec Contador ?
Si, aux arrivées des courses ou dans les hôtels, comme on le ferait avec d'autres coureurs. On connaît le gamin depuis longtemps ! De son côté, il voit de quelle façon fonctionne notre équipe. Il se dit que s'il était leader chez nous sur le Tour, les choses marcheraient bien. C'est comme ça qu'est née la rumeur de son transfert.

Avec Delgado, Indurain puis Pereiro, votre équipe a remporté sept fois le Tour sous des sponsors différents. Quelle est la clef de la victoire ?
Il faut avoir un grand favori, une très bonne équipe, et de la chance. Nous avons toujours eu un grand leader, sauf peut-être l'année où Pereiro s'impose [en 2006, grâce à son échappée fleuve vers Montélimar et aussi le déclassement de Floyd Landis pour contrôle positif, NDLR]. Nos coéquipiers ont toujours été super. Quand Indurain portait le maillot jaune, Jean-François Bernard ou Gérard Rué étaient toujours présents à ses côtés dans le 15e virage de l'Alpe d'Huez.

Votre équipe paraît également très calme, bien loin de l'agitation d'Astana...
Entre le clan espagnol, les intérêts kazakhs et Lance Armstrong, Johan Bruyneel n'a pas une tâche facile ! Mais, c'est vrai, nous ne nous affolons jamais. Cette année, notre leader Alejandro Valverde n'a pas pu participer au Tour mais nous gagnons quand même une belle étape. Notre tranquillité est le fruit de l'expérience. Nous avons un groupe de personnes qui travaillent ensemble depuis très longtemps. Le Tour de France est avant tout une histoire humaine.

Propos recueillis par Pierre Carrey

22/07/2009

Tour de chauffe

1-801512-01-02.jpgCe matin, Linus Gerdemann (Milram) s'est évadé sur les chemins luxuriants autour de Bourg-Saint-Maurice. Maillot blanc tacheté de bleu, perdu dans la campagne, peu dérangé par les voitures. Quelques instants plus tard, il était le premier attaquant du jour, sur le Cormet de Roselend. Comme le col se dessinait dans les premiers kilomètres de l'étape, Gerdemann ne voulait pas être cueilli à froid. Quoi de plus logique ? Pourtant, sur le Tour de France, la pratique de l'échauffement reste marginale. Elle avait même totalement disparue au plus fort des années chimiques. Son retour dans le peloton, frappé au coin du bon sens, appartient aux signes d'une possible métamorphose... L'équipe allemande Milram est la seule qui impose à tous ses coureurs de "rouloter" avant le départ. Christian Henn, son directeur sportif, nous explique : "C'est bien meilleur pour les jambes que de sortir directement du bus et de monter sur le vélo. C'est la troisième ou quatrième fois que nos coureurs s'échauffent sur le Tour. Ils roulent 15 à 20 minutes et reviennent 10 minutes avant le départ". Au-delà de ce petit battement, les athlètes perdraient les bénéfices de leur échauffement, estiment les experts en physiologie. 9e au classement général, Christophe Le Mével (Française des jeux) a lui aussi choisi d'escalader une petite côte, dans la discrétion. "L'échauffement me semble indispensable, analyse son directeur sportif Martial Gayant. Dès les premiers kilomètres, un coureur qui a du mal à monter le coeur, passe de 140-145 pulsations par minute à 165 environ. Il n'a pas mal aux jambes mais se retrouve le souffle coupé". Si la séance d'échauffement présente tant de bienfaits, pourquoi la plupart des coureurs y restent-ils réfractaires ? "Je viens du VTT et du cyclo-cross donc j'ai l'habitude des départs rapides", témoigne Rémi Pauriol (Cofidis), qui a pourtant accroché une première échappée jeudi. "Nous visions le final de l'étape en priorité et nos coureurs sont plutôt expérimentés", justifie Julien Jurdie. Le technicien d'AG2R-La Mondiale avait néanmoins suggéré à ses coureurs de tourner les jambes environ quatre kilomètres. "Avec les deux bornes du départ fictif, ils auraient totalisé six kilomètres pour s'offrir leur première transpiration", poursuit Jurdie. Finalement, comme la plupart de leurs adversaires, les AG2R-La Mondiale ont préféré se reposer jusqu'au dernier moment dans leur pullman. "Les coureurs ne peuvent pas rouler au départ car il y a trop de monde, estime le directeur sportif français du Team Garmin, Lionel Marie. D'habitude, nos coureurs viennent de l'hôtel à vélo. Mais pas sur le Tour : on ne veut pas prendre le risque de les perdre !" Cette hantise a d'ailleurs incité les équipes à modifier les échauffements avant le contre-la-montre. Depuis que Pedro Delgado s'est égaré sur la route avant le prologue de l'épreuve, en 1989, les coureurs pédalent sur des home trainers, sagement, au pied de leur bus. La technique vaut parfois avant une étape en ligne. Ce mercredi, Yauheni Hutarovich, le sprinter de la Française des jeux, a roulé une vingtaine de minutes dans sa chambre d'hôtel, proche de la ligne de départ. Mark Renshaw, le poisson pilote de Mark Cavendish, en a fait de même le matin d'Andorre-la-Vieille, où l'étape débutait d'emblée par un col. Pourtant, la sortie d'échauffement n'a rien de glorieux pour la majorité des coureurs. Elle ne colle pas à l'image de ces surhommes toujours frais et dispos, capables de se lancer dans la bataille le couteau entre les dents. Martial Gayant s'amuse de ces réticences. "Certains coureurs pensent que rouler avant le départ d'une étape c'est comme partir au bal avec des chaussures de cyclistes, des cales sous le pied ! Pour moi, ça n'a rien de ridicule, bien au contraire". Et de rappeler qu'à l'époque où il était professionnel, dans les années 80, les coureurs ralliaient le départ à vélo de leur hôtel et repartaient par le même moyen le soir venu... "essentiellement parce qu'il y avait peu de place dans les voitures !"

Pierre Carrey

21/07/2009

Des sex toys sur le Tour de France

sextoy1.jpgBourg-Saint-Maurice a offert mardi un vibrant hommage au Tour de France. Gonflé, le comité d'organisation local a réservé un cadeau surprise aux 500 journalistes de la presse écrite : un sex toy. En forme de marguerite, l'engin, fourni sans piles, est accompagné d'un mot délicat : "Les Arcs - Bourg Saint Maurice, pour vous faire rougir de plaisir". "C'est un ventilateur portatif ?" a interrogé un reporter français. Les anglophones curieux ont pu déchiffrer sans peine les instructions sur l'emballage : "Waterproof... Assez discret pour le bureau, la voiture ou le club... Ce jouet contient une petite bille. Ne convient pas aux enfants en-dessous de 3 ans."

A travers ce présent, la ville hôte de Bourg-Saint-Maurice voulait marquer les esprits. C'est gagné. Laurence, responsable communication à l'office de tourisme et coordonnatrice du service presse sur le Tour mardi, nous confie : "Nos budgets n'étaient pas extensibles. Pour chaque journaliste, nous avions simplement de quoi acheter un stylo ou un parapluie". Des cadeaux qui ne se destinent pas au même usage... Celui-ci possède même des "pétales multifonctions", indique l'emballage. "La forme de la marguerite représente bien la nature qui nous environne, poursuit Laurence. Nous cherchions un objet tendance, soft et sobre, qui sorte des sentiers battus. A Bourg-Saint-Maurice, nous n'avons pas peur de proposer des choses différentes. Notre site, réputé pour le sport, est une structure innovante en matière d'architecture et de glisse..." On l'aurait remarqué.

Pierre Carrey

20/07/2009

Contador commence à se détendre

conta.jpgDans le bar de l'Hôtel Castel, à Sion, les clarinettes suspendues au plafond servent de spots et les grosses caisses de tables basses. Ambiance jazzy pour la conférence de presse d'Alberto Contador, ce lundi. Les instruments de musique apparaissent dans les coins les plus improbables de la pièce. L'atmosphère surréaliste baigne aussi la terrasse de l'hôtel, où trois fans en tenue Livestrong, ont réussi à piquer des chaises aux journalistes et restent plantés devant les caméras. C'est là que Contador raconte sa nouvelle vie de maillot jaune. Pour qu'il se dévoile, il bénéficie d'un lieu indigne. Comme à Limoges, il y a une semaine, Astana a choisi une terrasse minuscule, une table où le responsable communication de l'équipe et l'attaché de presse personnel de Contador encadrent leur champion. Et toujours pas de Johan Bruyneel, le manager qui est "très occupé" selon la version officielle...

Quand il a quitté les lieux, le coureur a remercié les journalistes et leur a souhaité une bonne journée. Il ne l'avait pas fait à Limoges. Dans le lumineux canton suisse du Valais, le ton était plus détendu. Les deux premières questions n'ont pas porté sur Lance Armstrong. Certains ont même demandé à Contador pourquoi il s'entraînait sans son maillot jaune. Du très léger donc. Sous le large auvent à rayures oranges qui abritait la terrasse, Contador a paru à son aise. Depuis sa victoire dimanche au sommet de Verbier, "on a beaucoup baissé le niveau de pression à table pendant le dîner et à d'autres moment de la course", raconte-t-il. Avec son témoignage de champion retrouvé et d'homme soulagé, Contador passe aux aveux et dessine en creux des scènes pesantes, douloureuses même, qui l'ont accompagné depuis le début du Tour, au sein de sa propre équipe.

Il a accepté de lever enfin un petit coin du voile. Sans dramatiser : "La pression n'a jamais été aussi forte que l'ont dit les journalistes". C'est noté. Alberto Contador fixe l'auditoire le regard parfois absent, vide, perdu au fond de l'assistance sur un point imaginaire, comme les pros de la communication recommandent aux timides de le faire. Il porte une casquette noire avec une main jaune vif qui fait signe de tirer au révolver. Serait-il devenu un cow-boy ? "Non, c'est seulement un geste pour mes fans". Contador est redevenu un objet d'attention, voire de futilité, preuve qu'il a rompu les liens qui le retenaient à Armstrong, bridaient son image, sa liberté en course, sa tranquillité au quotidien. Le Contador nouveau est même tourné en dérision. Etrangement, un jeune journaliste l'interpelle en néerlandais : "Est-ce que tu vas courir l'an prochain dans l'équipe de Frank Vandenbroucke ?" Mi-consterné, mi-amusé, l'attaché de presse refuse de traduire la question.

Cette conférence badine a tranché avec le feu roulant de Limoges. Seules deux questions ont tenté de remuer Contador, de peindre des émotions sur son visage. "Est-ce que tu espérais autant de pression de la part de Lance Armstrong ?" Le coureur espagnol a choisi de nouveau le ton de la confidence : "Oui. Je savais qu'il y aurait de la pression à l'extérieur de l'équipe et à l'intérieur. Il valait mieux y être préparé pour pouvoir gérer la situation..." Autre tentative pour recueillir quelque doléance du coureur : "Comment vas-tu travailler avec une équipe un peu déchirée, qui t'a laissé rouler dans le vent pendant deux semaines ?" Réponse, prévisible : "Je garde confiance dans mon équipe. Les relations ne sont pas aussi tendues..." Une seule fois, Alberto Contador a dû donner son sentiment sur les affaires de dopage, ou plutôt l'absence d'affaires sur ce Tour. Un contraste avec sa précédente victoire en 2007, ternie par les scandales Vinokourov et Rasmussen notamment. Ce fut la réponse la plus brève de la journée : ce calme plat sur le front du dopage est "très bon pour le cyclisme et pour le Tour. On va pouvoir se concentrer sur l'aspect sportif". Alberto Contador vit décidément une nouvelle époque.


Pierre Carrey

19/07/2009

Astana : "On a toujours eu qu'un seul leader !"

La scène se passe au pied du podium, à Verbier. Alberto Contador est vainqueur d'étape et nouveau maillot jaune. Ses coéquipiers rayonnent. Comme si un poids s'envolait de leurs épaules. Dorénavant, ils rouleront comme ils le font chaque jour depuis le départ du Tour, mais avec "le maillot" à défendre. C'est plus clair, plus valorisant, plus conforme à l'ordre des choses. Dorénavant, ils rouleront pour un seul leader. "De toute façon, on en a toujours eu qu'un seul", chuchote ce coéquipier. La petite phrase est lâchée. Pour tous ces porteurs d'eau, la comédie Armstrong-Contador vient de prendre fin.

P.C

18/07/2009

Piranhas

hincapie Agitation monstre à l'arrivée de Besançon. Une chute d'Armstrong ? Ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Un triplé français ? Non plus. Un cas positif sur le Tour ? Faut pas rêver... A la faveur d'une échappée, George Hincapie (photo AFP ci-dessus) est susceptible de prendre le maillot jaune. Autour de lui se presse tout ce que la ligne d'arrivée compte de cameramen, de reporters radio et de plumitifs. Ils sont une bonne soixantaine, presque autant qu'à la conférence de presse d'Alberto Contador lundi, à Limoges. Ils se bousculent pour se blottir, comme une portée grouillante de marcassins tête le sein de la laie. Autour, les responsables d'ASO s'affolent, incapables de faire circuler les voitures officielles. Déploiement d'un cordon de CRS (de la compagnie 37, normalement basée à Strasbourg). Les cyclistes n'arrivent pas à se frayer un chemin. Armstrong s'agace. Le corridor de militaires sépare les coureurs de leurs soigneurs, qui agitent la main et poussent des cris. Chacun cherche les siens. Images déchirantes d'un quai de gare. Et, tout au bout, Hincapie dévoré par un essaim.

Il va prendre le maillot jaune. Quand il coupe la ligne, c'est fait. Presque fait. Les secondes s'égrènent. Il vit en direct le retournement de situation semble-t-il le plus extraordinaire depuis le départ du Tour. On lui demande déjà de commenter son succès. Il va donner un coup de canif à la longue régence de Rinaldo Nocentini, l'Italien d'AG2R-La Mondiale. Huit jours, plutôt ennuyeux. A son corps défendant, Nocentini est devenu le maillot jaune de l'ennui, que chacun se plaisait à enterrer ce samedi. Hincapie, lui, est américain. Ami d'Armstrong. Coéquipier de Cavendish. Les questions fusent. Le coeur du Tour bat en lui. Cette nervosité soudaine illustre dans quelle torpeur la caravane est plongée depuis la première partie féérique de l'épreuve, sur le pourtour de la Méditerranée. Ce Tour de France n'amuse plus grand monde. Quand va-t-il démarrer pour de bon ? Sûrement pas ce samedi avec "Big George", mais Hincapie déchaîne brutalement un engouement égal à celui du bus Astana un matin et un soir d'étape réunis.

Les spectateurs, les téléspectateurs, les journalistes, sont pareils à des piranhas affamés. Un morceau de chair tombe dans leur aquarium. Ils se l'arrachent, quitte à s'entretuer pour une bouchée de vieux cuir. Hincapie en jaune dimanche sur Pontarlier-Verbier, c'eût été étincelant. Une réminiscence de l'époque Discovery Channel. Car lorsque le coureur New Yorkais pointe le bout de ses varices, Armstrong n'est jamais bien loin. Sur le 3e étape, à la Grande-Motte, les deux hommes ont été aperçus côte à côte lorsque le coup de bordure s'est dessiné.

La suite du Tour s'annonce risquée. Johan Bruyneel a prévenu : "Si demain il y a une échappée au long cours avec des coureurs pas trop dangereux, nous ne roulerons pas trop derrière". C'est beau comme de l'Arcalis. La semaine passée, en Andorre, le manager d'Astana avait donné ordre de ne pas s'emparer du maillot jaune et de laisser partir un maximum de baroudeurs vers la montée finale. A l'évidence, il retarde le plus longtemps possible le choc frontal entre ses leaders, Armstrong et Contador. Sur le contre-la-montre d'Annecy ? Sur les pentes du Mont-Ventoux l'avant-dernier jour ? Vincent Lavenu, patron de l'équipe AG2R-La Mondiale, apporte une prédiction plus réjouissante : "Demain, Andy Schleck mettra deux ou trois pétards mouillés dans l'ascension de Verbier. Contador le suivra et le Tour sera joué." Restés sur leur faim, les piranhas se transformeraient alors en requins heureux.

Pierre Carrey

17/07/2009

Mondory : "Un jour, Cavendish risque de rester coincé"

Pour son premier Tour de France, le Charentais Lloyd Mondory (AG2R-La Mondiale) veille sur le maillot jaune de son coéquipier Rinaldo Nocentini. Ce qui ne l'empêche pas de jouer sa carte personnelle dans les arrivées au sprint. Pour le Blog de Sud Ouest, il fait un point sur sa première partie du Tour.

Blog de Sud Ouest :
Comment as-tu vécu l'étape de vendredi, entre Vittel et Colmar ?
Loyd Mondory : Nous avions annoncé que nous ne nous mettrions pas à 100% pour défendre le maillot jaune, que nous ne roulerions pas devant toute la journée. Le début d'étape a été très rapide. J'ai roulé jusqu'au pied du col de la Schlucht puis je me suis accroché, en pensant à m'économiser pour être de nouveau utile à l'équipe dans les prochains jours. Nous savions que cette étape risquait de nous coûter le maillot jaune. C'est la pluie et le froid qui nous ont le plus surpris. L'étape risque de laisser des traces pour la suite de la course.

"On ne mobilise pas toute l'équipe pour un sprinter"

Jusqu'à présent, es-tu content de ton Tour de France ?
Oui. Les résultats sont présents tant sur un plan personnel que collectif. Nous avons récolté les fruits de notre super contre-la-montre par équipe. Comme nous étions bien placés au classement général, Rinaldo Nocentini a saisi une opportunité sur l'étape d'Arcalis pour s'emparer du maillot jaune. C'est un honneur de le défendre. Quant à moi, je suis toujours là sur les arrivées au sprint : j'ai terminé quatre fois dans les 10 premiers.

Au mieux, tu t'es classé 6e, à Issoudun. Penses-tu être à ta place ?
Je peux faire mieux. Gagner, c'est un peu difficile. Mais je peux me glisser dans les cinq premiers.  Comme je n'ai pas d'équipe qui travaille pour moi, je dois trouver l'ouverture. Il me faut aussi de la chance : le jour où je termine 6e, je suis pris dans une cassure à 400m de la ligne d'arrivée.

Non seulement tu n'as pas d'équipe qui travaille pour toi, mais tu travailles pour ton équipe. Est-ce frustrant ?
Les choses ont toujours été claires. L'équipe AG2R-La Mondiale se bat pour le classement général sur le Tour de France. Elle est fidèle à cet objectif depuis sa création. J'ai été intégré au groupe parce que je passe bien les étapes plates et vallonnées. Certes, mes qualités au sprint sont une chance supplémentaire de remporter une étape. Mais ce n'est pas une priorité. On ne mobilise pas toute l'équipe pour un sprinter.


"Quand la porte s'ouvre, ça se joue à une demi seconde"

Comment te débrouilles-tu seul dans les arrivées massives ?
J'ai besoin de clairvoyance. Comme je ne sais pas vraiment quelle est la bonne roue à prendre, je vais un peu à droite, un peu à gauche... Quand la porte s'ouvre, ça se joue à une demi seconde. La préparation du sprint est également très importante. J'essaie de rester placé dans les premières positions du peloton pour ne pas avoir à produire de gros effort en remontant. J'étudie très attentivement le livre de route la veille de l'étape. S'il y a un point chaud, comme un virage en équerre à trois kilomètres de la ligne, je vire dans les cinq ou six premiers. Le sprint peut être perdu sur une relance.

Tu penses déjà au sprint sur les Champs-Elysées ?

Pas encore. Auparavant, il y a une opportunité samedi sur l'étape Colmar-Besançon. Et dans les Alpes, je devrai beaucoup travailler pour l'équipe. Mais si je termine bien le Tour, si je suis au départ de l'étape des Champs-Elysées, bien sûr que j'essaierai de gagner.

Selon toi, comment Cavendish peut-il être battu ?
Si j'avais la clef, je l'aurais déjà devancé. Lorsqu'il est bien emmené, statistiquement, il s'impose presque toujours.


"Je ne me lève pas le matin pour finir 2e d'une course"

Cela veut dire que tu sprintes pour terminer derrière lui ?
Non, je ne me lève pas le matin pour finir 2e d'une course. J'ai toujours été conquérant. Disons que Cavendish a 50 fois plus de chances que moi de gagner sur un coude-à-coude. Mais il faut quand même se mêler à la lutte parce qu'il peut avoir un problème dans le dernier kilomètre : il peut chuter, se retrouver enfermé au dernier moment, mettre un coup de patin, porter son effort trop tard... Pour l'instant, tout le monde reste derrière lui car il dispose de la meilleure équipe pour le lancer. Mais un jour, il risque de rester coincé entre les mailles du filet.

Après les Pyrénées, tu disposais d'un bon de sortie accordé par ton équipe. Pourquoi ne pas l'avoir utilisé ?
Parce que les Astana ne souhaitent pas voir des coureurs d'AG2R-La Mondiale s'échapper. C'est normal : l'équipe Astana contrôle ce Tour de France et, si nous avons le maillot jaune dans notre camp, c'est un peu le résultat d'une entente à l'amiable avec elle. De notre côté, nous aurions intérêt à envoyer des coureurs dans des échappées pour essayer de gagner une étape et pour éviter de passer toute la journée à rouler en tête de peloton. Mais les Astana seraient alors obligés de contrôler à notre place. Ce n'est pas ce qu'ils souhaitent.

Qu'as-tu pensé du mouvement d'humeur d'une majeure partie des coureurs, mardi, sur l'étape Limoges-Issoudun, pour dénoncer l'interdiction des oreillettes ?
Il s'agissait d'une étape normale. Tout le monde n'y aurait vu que du feu si les journalistes n'avaient pas appris qu'il y avait une coalition [entre les équipes pro-oreillettes, contre celles qui acceptaient l'interdiction temporaire, NDLR]. On a parlé d'étape "tronquée" et "inadmissible" alors qu'elle s'est déroulée selon un scénario logique : un sprint final. Il y a eu cinq échappés... et seulement deux le lendemain, alors que nous avions des oreillettes. [Il sourit.] Cette histoire a simplement permis aux journalistes de meubler la journée.

Propos recueillis par Pierre Carrey