23/07/2009
Lafargue : "Pourquoi rechercher du spectacle à tout prix ?"
27 Tours de France au compteur, Francis Lafargue, relations publiques de l'équipe Caisse d'Epargne donne son point de vue sur ce Tour de France. Le Basque, qui vit à Cambo-les-Bains, affirme avoir la passion intacte. Son sens de la formule l'est aussi.
Blog Sud Ouest : Beaucoup d'observateurs ont jugé ce Tour de France ennuyeux. Est-ce aussi votre sentiment ?
Francis Lafargue : Ce Tour n'est pas un grand cru. Il ne restera pas gravé dans les mémoires. La course a été bloquée par la domination d'Astana, qui possède un très gros budget donc de très gros coureurs. J'ai fait partie de ceux qui ont applaudi ce très beau parcours lorsqu'il a été dévoilé. Mais que constate-t-on ? Le contre-la-montre par équipes a figé la situation jusqu'aux premières étapes de montagne. Les Pyrénées ont été escamotées. Je ne m'en plaindrai pas puisque nous avons remporté une superbe étape [Luis Leon Sanchez s'est imposé à Saint-Girons, NDLR]. Mais, le lendemain, j'ai vu un peloton groupé au sommet du col d'Aspin. Ensuite, nous avons eu droit à des étapes de morne plaine.
Le parcours vous a donc déçu ?
Les étapes "de transition", on est un peu obligé de se les coltiner à un moment ou un autre, compte-tenu de la géographie de la France, qui possède deux principaux massifs montagneux espacés. Je reconnais que je me suis ennuyé. Mais n'exagérons rien. Quand les coureurs vont trop vite, on trouve ça suspect. Quand ils ne vont pas assez vite, on a l'impression qu'ils ne font pas la course...
"Avec le débat sur les oreillettes, on n'a pas respecté les coureurs"
Votre nom reste associé à celui de Miguel Indurain dont vous avez été le confident et l'interprète. Etes-vous nostalgique de cette époque ?
Je n'éprouve pas de nostalgie. Mais je suis un inconditionnel de l'histoire du cyclisme. Sans prétendre être un grand maître, j'éprouve le besoin de transmettre cette culture. Je me suis passionné pour l'époque Coppi-Bartali, pour Gimondi... L'Italie est un pays qui pue le cyclisme, c'est extraordinaire ! Mes années préférées sont celles où je n'ai pas suivi le Tour de France. J'allais dans le Tourmalet comme spectateur pour voir passer Merckx et Ocana. Ces champions m'ont fait rêver.
Le Tour actuel vous fait-il rêver ?
Je n'ai plus l'âge de rêver comme à 15 ou 20 ans. Mais ma passion pour ce sport demeure intacte.
On vous imagine assez traditionaliste et par exemple hostile aux oreillettes. Est-ce le cas ?
Non. Je suis pour le dialogue. Que ceux qui veulent les porter soient libres, que ceux qui veulent les enlever le fassent. Sur la forme, il ne fallait pas proposer une expérimentation sur le Tour de France. Les instances dirigeantes ont commis une faute. Le Tour est sacré. Il est au-dessus des organisateurs ou de l'UCI. Sur le fond, les oreillettes sont un acquis. Elles ne font pas avancer les coureurs plus vite. A-t-on précisé qu'elles permettaient de communiquer les délais d'élimination aux coureurs qui se battent dans un gruppetto ? Il a manqué un vrai dialogue. On n'a pas respecté les coureurs. Ni le Tour.
"Indurain serait plus fort que Contador sur un chrono. Mais ce n'est pas certain"
Que voulez-vous dire ?
La proposition d'interdire les oreillettes émane de Daniel Bilalian [directeur des sports de France Télévisions, NDLR]. Il a été mal conseillé. Il n'a jamais suivi une épreuve dans la voiture d'un directeur sportif pour se faire une opinion. Il voulait du spectacle en enlevant les oreillettes ? Il aurait dû faire comme les organisateurs du Tour DuPont, aux Etats-Unis, qui, sur un prologue, avaient placé des caméras au bas d'une descente, avec un virage à 90°... Je ne suis pas d'accord avec ce que fait la télévision. Pourquoi rechercher du spectacle sans cesse et à tout prix ? Hier, le direct a été interrompu par une interview de Nicolas Sarkozy. On n'a montré que les premiers. Quelle que soit la personne qu'on souhaite interviewer, on ne doit pas manquer de respect aux coureurs. Ce sont eux qu'il faut montrer. C'est à eux qu'il faut penser en priorité.
Alberto Contador est-il capable de remporter cinq fois le Tour comme Miguel Indurain ?
Je suis très prudent et je n'aime pas jouer les devins. Aujourd'hui, il y a une génération absente. Dans les cols, on voit soit des anciens (comme Goubert, Moreau, Arrieta), soit des jeunes comme Andy Schleck. Lui, il va forcément grandir... Mais, à l'heure actuelle, il est clair que Contador est le meilleur coureur du monde. En montagne, il danse avec son vélo. Miguel, lui, tirait sa force du contre-la-montre. C'est dans ce domaine qu'il gagnait le Tour. Ca aurait été intéressant de le voir se battre avec Contador sur un chrono. A priori, il aurait été plus fort. Mais ce n'est pas certain.
On parle beaucoup d'un transfert d'Alberto Contador dans votre équipe en 2010. Qu'en est-il ?
Il y a beaucoup de bruits fantaisistes. D'abord, il est sous contrat avec Astana. Ensuite, il a acquis une valeur marchande trop importante, qui va encore s'accroître après sa victoire probable dans le Tour.
"Le transfert de Contador est une rumeur"
Donc, vous n'avez jamais discuté avec Contador ?
Si, aux arrivées des courses ou dans les hôtels, comme on le ferait avec d'autres coureurs. On connaît le gamin depuis longtemps ! De son côté, il voit de quelle façon fonctionne notre équipe. Il se dit que s'il était leader chez nous sur le Tour, les choses marcheraient bien. C'est comme ça qu'est née la rumeur de son transfert.
Avec Delgado, Indurain puis Pereiro, votre équipe a remporté sept fois le Tour sous des sponsors différents. Quelle est la clef de la victoire ?
Il faut avoir un grand favori, une très bonne équipe, et de la chance. Nous avons toujours eu un grand leader, sauf peut-être l'année où Pereiro s'impose [en 2006, grâce à son échappée fleuve vers Montélimar et aussi le déclassement de Floyd Landis pour contrôle positif, NDLR]. Nos coéquipiers ont toujours été super. Quand Indurain portait le maillot jaune, Jean-François Bernard ou Gérard Rué étaient toujours présents à ses côtés dans le 15e virage de l'Alpe d'Huez.
Votre équipe paraît également très calme, bien loin de l'agitation d'Astana...
Entre le clan espagnol, les intérêts kazakhs et Lance Armstrong, Johan Bruyneel n'a pas une tâche facile ! Mais, c'est vrai, nous ne nous affolons jamais. Cette année, notre leader Alejandro Valverde n'a pas pu participer au Tour mais nous gagnons quand même une belle étape. Notre tranquillité est le fruit de l'expérience. Nous avons un groupe de personnes qui travaillent ensemble depuis très longtemps. Le Tour de France est avant tout une histoire humaine.
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12/07/2009
Et si le Tour partait du Pays Basque ?
C'est une douce utopie. Il est bon de s'y accrocher après un passage des Pyrénées escamoté cette année. Le rêve : un grand départ de la côte basque, côté français. "On pourrait faire un peu la même chose à Bayonne ou Biarritz qu'à Monaco", estime Nicolas Greno. En février, ce passionné de sports originaire d'Anglet, 16 ans et demi, a créé sur le réseau communautaire Facebook un groupe intitulé : "Pour que le Tour de France s'élance un jour du Pays Basque..."
Son argumentaire est plein de bon sens. Lorsque le Tour s'élance de l'Hexagone, en alternance avec une ville étrangère, c'est une région qui prend en charge les opérations et se retrouve sous les feux des projecteurs. Il rappelle : "Le Tour de France est bien parti de Bretagne (2008, Brest - 1995, Saint-Brieuc & 1985, Plumelec), d'Alsace (2006, Strasbourg), de Vendée (2005, Fromentine & 1999 et 1993, Puy du Fou), du Nord-Pas-de-Calais (2001, Dunkerque & 1994, Lille), du Poitou-Charentes (2000 et 1990, Poitiers), de la Haute-Normandie (1997, Rouen), du Rhône-Alpes (1991, Lyon), de Loire-Atlantique (1988, Pornichet), d''Île-de-France (2003, Paris & 1986, Boulogne-Billancourt) alors pourquoi pas du Pays Basque ?"
La fibre régionaliste avant tout, Nicolas Greno la fait vibrer autour des coureurs locaux. Il explique : "Au Pays Basque, nous avons Romain Sicard et Pierre Cazaux qui progressent et sont susceptibles de disputer le Tour un jour. Alors, un grand départ près de chez eux, ce serait sympa". A 25 ans, Cazaux, l'un des meilleurs éléments du VC Lille-Roubaix Métropole pourrait intégrer à terme une formation ProTour, nanti de belles places d'honneur : il a terminé cette saison 4e du Tour du Loire Atlantique, 5e des Boucles de l'Aulne et 9e du Trophée des grimpeurs. Quant à Sicard, 21 ans, il s'affirme comme l'un des plus grands talents français. Néo-professionnel chez Orbea, la réserve continentale d'Euskaltel, ce grimpeur a remporté cette année une étape de la Ronde de l'Isard, une autre du Tour du Haut-Anjou, et surtout, au nez et à la barbe de toutes les équipes pro espagnoles, la Subida al Naranco.
Le Sud-Ouest a déjà accueilli deux prologues dans le Gers, à Fleurance, en 1977 et 1979. Depuis, plus rien. Le tracé se heurte aux Pyrénées trop proches. Quand faut-il les aborder ? Quelle importance leur réserver ? La réponse de 1992 eût un goût amer. Cette année-là, le Tour démarre du Pays Basque espagnol. Les organisateurs ont dessiné autour de Saint-Sébastien un prologue puis une première étape en ligne. La deuxième rallie Pau par le Col de Marie-Blanque. Le jeune Richard Virenque s'empare du maillot jaune à la faveur d'une échappée. Mais les Pyrénées s'en tiennent à ces modestes tapas avalés sur un coin de comptoir. Nicolas Greno compte bien envoyer un courrier aux organisateurs pour leur soumettre ses arguments. Il voudrait par ailleurs relancer son groupe Facebook, qui plafonne à une vingtaine d'adhérents.
Le projet séduit d'autant plus que les trois étapes pyrénéennes ont été victimes de sabotage. "Avec un tracé pareil, il ne fallait pas s'attendre à grand chose", a résumé David Moncoutié, pressé de questions par des supporters déçus. L'équipe Astana reconnaît sans rougir qu'elle ne voulait pas endosser le maillot jaune. Elle a donc laisser filer une échappée vers Arcalis. Rebelote le lendemain entre Andorre et Saint-Girons. A Tarbes, le verdict aurait pu être encore plus désarmant. Fedrigo et Pellizotti ont conservé sur la ligne 34 secondes sur un peloton de 75 coureurs ! Il s'en est fallu de peu pour qu'Oscar Freire (3e) s'impose. L'étape de l'Aspin et du Tourmalet remportée par un sprinteur, cette utopie-là a failli prendre chair.
16:35 Publié dans Non classé | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Aspin, Astana, cyclisme, David Moncoutié, Freire, Pays Basque, Pellizotti, Pierre Cazaux, Pierrick Fedrigo, Romain Sicard, Tour de France, Tourmalet, Virenque


